Une sortie hasardeuse...
Il faisait ce 4ème dimanche d'octobre, un temps à ne pas mettre un cyclo dehors. Un vent violent, une température glaciale incitaient à rester sagement calé dans un fauteuil, près d'un bon feu plutôt que de courir les routes, le postérieur posé sur une selle de vélo. N'empêche, certains d'entre vous ont peut-être pu apercevoir quatre farfelus arc-boutés sur leur machine et luttant contre les éléments déchaînés. Sous la houlette du général Pascal plus conquérant que jamais et dont l'emprise sur ses petits compagnons est telle qu'il convient pour rester copain-copain de ne pas contester ses décisions aussi saugrenues soient-elles. Nos quatre gaillards se lancèrent dans une expédition pleine de risques qui devait les conduire vers des sentes bucoliques situées près de la frontière française.
Se présenta devant leurs roues un infâme tronçon pavé, digne de faire rechigner un Duclos-Lassale ou même un De Vlaminck de la belle époque. La décision de Pascal fut péremptoire, "on passe..." et nos trois moutons de Panurge de suivre leur chef vénéré.
"Le Tour de France est déjà passé par ici" dit-il... Il est vrai que rien n'arrête le Tour, mais timidement, Joël fit remarquer qu'il avait cru apercevoir un panneau indiquant de façon claire et précise qu'il était strictement interdit de pénétrer dans la propriété. Pascal rétorqua avec aplomb que cela n'avait aucune importance, que rien ni personne ne l'arrêterait et ordonna à ses troupes de l'accompagner. Dans cet infect boyau parsemé de nids de poule, de flaques d'eau boueuse, la progression fut lente et malaisée, mais à une bonne centaine de mètres se profilait une belle allée en tarmac signifiant la fin du calvaire. C'est alors que derrière se fit entendre un coup de klaxon impératif, une voiture genre tous terrains les dépassa en coup de vent et vint stopper devant nos quatre gaillards, le conducteur leur intimant l'ordre de ne pas aller plus loin.
Furibond, le garde de la propriété leur signala que leur présence en ces lieux n'était pas souhaitée, qu'elle était inconvenante et qu'elle était même sujette à des poursuites judiciaires. Perdant manifestement de sa superbe, Pascal avec une mauvaise foi évidente se souvenait paraît-il d'avoir emprunté ce parcours jadis lors d'une certaine randonnée avec le club de Wiers.
Assertion totalement fausse, démontrant le haut degré d'infamie de l'instigateur de cette expédition. Nos quatre compères obtempérant à l'injonction formulée par le cerbère de service, rebroussèrent chemin, honteux et confus. Le mutisme qui régna sur le chemin du retour traduisait d'évidente façon la rancœur que nourrissaient les victimes à l'égard de leur bourreau complètement défrisé et fermant prudemment la marche.
Heureusement, à l'horizon se profilait la buvette du club de football de Bruyelle, véritable havre de paix recelant dans ses flancs suffisamment de boissons réconfortantes pour requinquer les morals les plus défaillants.
Le signataire de ces lignes prévoyant le déroulement de l'affaire, s'éclipsa subrepticement mais il paraît que certains riverains aperçurent tard dans l'après-midi trois comparses dont l'allure et la prestance n'avaient plus rien de commun avec les trois plus beaux fleurons du Club cyclotouriste d'Antoing qu'ils se targuent d'être. L'accueil qu'ils reçurent de leurs épouses fut semble-t-il assez chahuté, mais ceci c'est une autre histoire qui bien sûr ne nous regarde pas !
Donat.